03 mai 2009

Laïcité ? Kê ?

La Grenouille dit :

Un article du Sunday Times irlandais vient de me dessiller...

On vit dans un pays où il existe un système d'aides sociales. Jusque là, rien que de très normal.


Mais qu'il y existe un programme spécifique de remboursement des robes et costumes de communion pour les familles à faibles revenus, là, j'avoue que j'ai du mal...

Ce qui m'étonne le plus, c'est que le journaliste présente cela comme une mesure sociale tout à fait anodine, aborde son sujet sous l'angle des répercussions de la crise économique sur les ménages les plus pauvres. Entraînés par la frénésie consumériste qui fait feu de toute foi, certains vont trop loin pour le plaisir de leurs enfants et s'adressent ensuite à l'État pour boucler leur budget communion.

Bien sûr, je ne suis pas dupe, dans tous les pays les aides sociales sont utilisées par les parents comme ils l'entendent, y compris pour des achats religieux, mais au moins ne sont-elles pas publiquement destinées à cet usage. Les implications de la laïcité se mesurent à ces petits détails. Pour moi, il se joue là bien plus que l'intitulé d'une aide sociale. C'est la marque d'une société où le catholicisme est la norme et non une norme.

Laïcité, laïcité chérie, tu me manques !!!! Demain, peut-être, j'apprendrai que l'État irlandais envisage de verser une dîme au Vatican ? Alors qu'il fasse aumône de quelque gui aux druides qui en sont réduits à célébrer les fêtes du solstice à leurs frais, par Toutatis !!!

Pourquoi le clergé irlandais ne mettrait-il pas la main à la poche pour défrayer ses ouailles les plus pauvres ? Ou alors que Sa Sainteté nous gratifie d'une bulle limitant le prix de la tenue de communiant. Tiens, ça ce serait dans l'esprit des évangiles ! Jesus himself ne s'était-il pas occupé des marchands du temple ?

J'en reste là de mes pieuses considérations, je vais essayer de me faire une raison et surtout, je vais faire pénitence pour mon ethnocentrisme de laïcard de 1905 !

 

La grenouille jamais contente, mais qui, malgré elle, commence à aimer Dublin !

25 juin 2008

Le juste prix

Coordonnées intergalactiques : nébuleuse Trinity College, géante rouge Grafton Street et étoile D2. Le coin le plus beau et le plus commerçant de l’amas d’étoiles dublinois.

Son vaisseau Peugeot en alliage graphite-rouille vient d’atterrir. Les portes automatiques du couloir de décontamination s’ouvrent dans une symétrique harmonie. La moquette sur laquelle marche posément le Jedi est plutôt classieuse. Il est venu jusqu'ici pour faire examiner ses chicots aussi pourris que l'âme de Dark Vador. Son sabre laser Vhi au côté, il ne craint rien, pas même les acariens.

Il active calmement le mécanisme d’ouverture du sas, prêt à tout pour déjouer les obscurs plans du mauvais côté de la Force. Il sait qu’il met les pieds au cœur du Mal, dans le système sanitaire de cette partie de l’univers. L’avant-garde des légions de l’Empire a déjà pris pied sur le système stellaire D2.

Rien ne bouge dans la salle d’attente.

Puis, tout se passe en un éclair de dix minutes. On vient le chercher, ses dents sont observées, détartrées, radiographiées et polies (parfum : canard WC rose). Puis, tout sourire (il faut bien rentabiliser le voyage), il quitte la salle d’examen et entre dans la salle de contrôle et de communications bancaires.

PAF ! Embuscade !

Happé dans un vortex de Force qui lui retire toute volonté, entouré de Jedis obscures déterminées et rompues aux transactions commerciales en tout genre, il ne peut que saisir le code ultrasecret de sa base bancaire.

POUF !

110 zgrongs partent en fumée. Le plus rusé des marchands Larnakions n'aurait pas fait mieux. Il part en souriant comme un con. Irrésistible est le côté obscur...

Depuis, il s’entraîne à mieux maîtriser la Force et surtout la notion d'acceptation. La prochaine fois, quand même, il amènera peut-être un Wookie pour mieux se défendre.

22 mars 2008

JESUS, MY GUINNESS!!! (ou : pas de bigots au bistrot)

296648374.JPGUne semaine sans une goutte d’alcool, on n’est pas dans l’optique hédoniste, mince.

Puis vient l’appart, les choses se mettent en place doucement, le week-end, les randonnées futures... On mérite bien une petite bière, non ?

Non.

La loi interdit de vendre la moindre goutte d’alcool le Vendredi Saint en Irlande. Quid du vin de messe ?

Une journée d’abstinence dont je me souviendrai, le goût amer de la Guinness sur les papilles d’avoir des envies de femme enceinte. Mouais... Dans une capitale où l’on compte plutôt les vomis que les crottes de chiens, sur les trottoirs ? Le Dublinois ne serait-il en état d’ivresse que 364 jours par an ? Vous avez un problème d’alcoolisme ? Jésus de Nazareth peut vous aider.

Ce triste jour pour les Chrétiens l’est aussi pour moi. Judas d’Irlandais, trahir ainsi leur boisson nationale ! A 200 mètres, de l’autre côté de la rivière, la brasserie qui produit la bière couleur café.

Dans nos verres, du jus de tomate.

01 novembre 2007

Bienvenue à Gattaca

Le futur existe, on y accède très simplement ! Il est à notre porte... Et il s’appelle Milton Keynes.

C’est l’une des villes nouvelles créées, en Angleterre comme chez nous, dans la fièvre bâtisseuse et optimiste des années 1960. Acier, asphalte, béton, verre 39f308ae49f98e0f72f91d38199dce01.jpg; amiante ? MK, comme disent les communicants dopés au DK recrutés par la municipalité, fête 40 années au service de l’automobile. Elle garde un air d’avenir au moment où la bagnole et le pétrole n’ont pas vraiment le vent en poupe.

Une poésie simple et forte se dégage de cette jeune ville. Ce dimanche-là, une atmosphère étrange pousse à la rêverie. Le véhicule en approche traverse d'abord (sur une voie rapide, évidemment) une interminable zone industrielle, aux entrepôts démesurés et pansus. Puis, sur une petite colline on devine la ville et l'on aperçoit XSCAPE, à la fois centre commercial, multiplex, salle d'escalade et piste de ski in et indoors... En forme de demi-cône façon boule à facettes, voilà le phare guidant l’automobiliste chouchouté.

Quelques ronds-points plus tard, on se gare tout près de cette imposante masse. Les parkings sont gigantesques, les autochtones sympas (ils vous évitent de trop lâcher aux Longtarin locaux), les arbres faméliques et plutôt incongrus. Il faut demander où se trouve le centre-ville, parce que, venant de l’ancien monde, on n’a pas de GPS Galileo. Et surtout, parce qu’on a échoué à la marge de supermarchés, de voies rapides, de restos branchés qui semblent oubliés à côté de rangées de poubelles. Avec ses bétonnages des années 70, pleins d’âme à force de ne pas en avoir, le paysage a des airs de banlieue de grande ville. Pourtant, le cœur de ce rêve urbanistique bat juste à côté de nous.53125a4986963cabb50bd06d41f0f262.jpg

Des voitures sillonnent inlassablement les rues d’un beau maillage à l’américaine, tout en parallèles et en perpendiculaires. Ici, pas de voies sans issue, du fonctionnel, du récent, un peu de frime. L’immense colonne vertébrale de la cité, droite comme une perspective versaillaise, s'étire entre la gare et un grand parc aux pelouses de golf. Cette ossature, c'est une interminable galerie marchande. Peut-être la plus grande d’Europe ?

Le dimanche, c’est beau, ça bourdonne comme dans une ruche, c'est merveilleux pour les jambes des petits trotteurs qui font de la course à pied dans les grands halls pendant qu'on s’extasie devant les panneaux présentant les projets du futur pour cette ville-laboratoire. Davantage de théâtres, plus de crèches, plus de magasins, évidemment, et - concession à l’air du temps - plus de transports en commun. bada36be09f6c1892fb7d1cfa55768d8.jpg

Sortis d’un épuisant kilomètre de lèche-vitrines, on met le pied sur des esplanades désertes, jouant à cache-cache sur plusieurs niveaux avec les grands boulevards. Les bureaux sont vides, c’est féérique. L’air d’automne est silencieux et accueillant. Ça rend méditatif. On ne peut que descendre doucement jusqu'à la gare, même si, à MK, on n’a pas besoin d’aller ailleurs. Aucun skateur pour profiter de ces tentatrices étendues de faux marbre citadin, aucun tag non plus, cette ville est décidément d’un autre âge. On éprouve une joie mêlée d’inquiétude, le changement d’environnement déstabilise, mais la science-fiction architecturale nous rattache un peu au réel.

On arrive par hasard devant une minuscule galerie d’art contemporain, dans cette jungle urbaine tempérée, où la voiture est partout mais pourtant discrète, où tout semble fluide (Milton Keynes ne connaîtrait pas l’embouteillage), où le béton sait être doux. Une ville branchée, étonnée et un peu zen. Un film de Tati, mais en moins chiant.

À 40 ans, Milton Keynes dore son béton au soleil, est promise à un avenir radieux (celui que prédisent les urbains publicitaires). Elle a un amoureux, qui cette fois apprécie les fumées des pots d’échappement, parce que sans elles, la contemporaine beauté de MK n’existerait pas.

Le crapaud moins baveux que d’habitude. J

26 octobre 2007

L’empire sur lequel The Sun ne se couche jamais

J’ai enfin tenu la bête entres mes mains. Le fleuron du caniveau. L'apothéose de l'art diffamatoire. Le feu d'artifice de l'intelligence. L'outil éducatif suprême. L'instrument d'élévation spirituelle ultime. L'inoubliable aventure journalistique. Le grandiose newspaper ! En deux mots : The Sun.

By Jove, l’édition de samedi m'a mis en appétit en attendant le fast-food. Une aventure littéraire pour le pauvre petit Frenchie qui n’a jamais lu de titre plus choc que "Johnny et Laetitia filent le parfait amour à Saint-Tropez" ou "Loanna et Benjamin Castaldi : la grossesse du péché"...
La finale de coupe du monde de rugby était à l’honneur. Avec un angle vraiment local. Le journal rebaptisait le Stade de France "Stade de England", l’officiante étant une pin-up à pancarte qui n’avait pas vraiment l’air d’une première communiante... Ses jambes disparaissaient hélas derrière sa pancarte, mais le lecteur était plus que dédommagé par la très réussie et traditionnelle pépée savamment dévêtue couchée dans un lit de roses en mythique page trois. L’article poursuivait en nous apprenant que le stade de England est normalement un lieu où la consommation d'alcool est interdite. Le journal annonçait fièrement que les supporters anglais allaient boire 250 000 pintes de bière au vu et au su de tous. Importée, en plus, je parie ! Vue imprenable sur la face cachée du rugby des deux premières mi-temps J. Ouf. On a évité de peu le déferlement de hooligans, samedi !
Ceux que le rugby irrite pouvaient se consoler en admirant la photo du dernier cadeau de Maddy à ses grands-parents. Un beau plat rose avec ses petites mains en son milieu. C’est sûr, tant d'exhibitionnisme donne envie de pleurer... Et puis, un peu plus loin, un article encore bien musclé sur l’enfant de dix ans qui avait tué son père mais n’avait été condamné qu’à deux ans de prison. Sa mère était atterrée par un jugement si clément (enfin, si j’ai bien lu...). So shocking !
Un jour, j’écrirai un billet optimiste sur le Stadium des Émirats, où l’on consomme sans doute de la pinte au nez et à la barbe des talibans !

Le crapaud baveux.

23 octobre 2007

Dr. Brown et Mrs. Thatcher

La belle et riante Angleterre

Les canettes de bière standard font 50 cl.
Le gazon est beau.
J’ai dit que le gazon était beau ? Notre parterre de gadoue mangé par les pissenlits excepté...
On n’entend pas les supporters anglais brailler dans la rue quand ils gagnent un match.
Il n’y a presque pas de conifères et les chênes feraient pâlir d’envie Saint Louis !
Il y a beaucoup de lapins écrasés au bord des routes.
Chaque citoyen britannique est une Motocrotte™ ultra-performante.
J’ai dit qu’on n’avait pas besoin de regarder ses chaussures quand on s’aventurait sur un trottoir ?
L’automobiliste lambda n’est pas un prédateur de piétons.
Les biscuits au gingembre.
Il n’y a qu’ici qu’on entend des gens regretter que l’Angleterre ne soit plus une île depuis le tunnel sous la Manche.
Manchester est une capitale du punk.

Les Sex Pistols déversant « un torrent d’insultes » sur un présentateur très BCBG de la BBC (trois "f" et un "b" - c’est plutôt un petit ruisselet...)
Sherlock Holmes.
On peut commander du thé dans un pub sans avoir l’air couillon.

L’affreuse et grimaçante Albion
Les beaux gazons sont jonchés de papelars laissés par les vicelars qui font la fête les week-ends.
Margaret Thatcher a été anoblie.
Trop de pragmatisme et pas assez de mauvaise foi dans la classe politique - on s’ennuie !
L’accent est un marqueur social aussi sûr qu’une flétrissure au fer rouge.
Il y a de la moquette dans les salles de bain.
Les chiens vivent dans les maisons (sur la moquette des salles de bains, de préférence).
Le contrat de loyer standard est de six mois, pas moins.
Par défaut, le ciel est d’un magnifique gris souris. Quoi qu’on mette le matin, on est sûr de se planter.
Les météorologistes anglais sont les moins fiables du monde (le temps ne fait rien pour les aider...).
La crèche coûte 6000 balles par mois.
Les ronds-points au milieu des autoroutes sont très (trop ?) discrètement signalés.
The Archers (série pour mémés qui s’ennuient) 5 fois par jour (hors rediffusions) sur la BBC depuis... 70 ans ?
Impossible d’avoir une carte de débit avant six mois, histoire de montrer qu’on n’est pas un délinquant financier pourchassé par toutes les polices du monde...
Waterloo Station.

Le grand méchant Karl.

12 octobre 2007

Au commencement était Tesco Plc

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Nos fidèles lecteurs nous pardonneront ce post anachronique et sans rapport avec les posts précédents. Vu la longueur de notre déconnexion (!) nous nous permettrons quelques retours en arrière... 

Dieu™ présentant au bel Adam® un bucolique Eden™ sponsorisé par Gamm Vert... Leonardo da Vinci a peut-être rêvé de ce tableau. Dan Burne le fera sûrement pour lui... En attendant ce choc des génies, et pendant qu’un peu d’eau coule sous les ponts de la Great Ouse River, vous pouvez patienter en rendant visite à la vénérable cathédrale d'Ely. C’est, nous dit-on l'un des joyaux de l'architecture gothique anglaise, l'une des plus anciennes cathédrales du pays, devant laquelle s'esbaudissent des touristes venus – simple coïncidence ? - du paradis de la libre entreprise. L’amateur d’art savourera les délicieux vitraux de la Lady ’s Chapel, financés par Tesco Plc, Barclays Bank, Llyods et bien d’autres amoureux de l’histoire de l’art. Il y a de quoi s’esbaudir, en effet. Qu’un haut lieu de la religion au Moyen-Âge s’acoquine avec les porte-étendards de la grande Babylone capitaliste, ça ne fait frémir personne ? So shocking! Ne vous arrêtez pas en si bon chemin, Messieurs les Anglais ! Continuez à montrer la voie. Je suggère aux directeurs d’hôpitaux, toujours en mal de livres sterling sonnantes et trébuchantes, de contacter Phillip Morris pour sponsoriser leurs services d’oncologie. Aux chefs d’établissements scolaires, de prendre langue avec Mac Donald’s pour les aider à rénover leurs vieilles cantines. Quant aux responsables du Hereforeshire Nature Trust, peut-être auraient-ils profit à demander quelque obole à Monsanto ? L’État, c’est vrai M. Jospin, ne peut pas tout. Plus simple, la vie, avec Maggie™. Signé : Le grand méchant Karl